Routiers et écologistes font cause commune

DNA 8 mai 2004 Dominique Duwig

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Ecologie ! Il y a peu, le mot était tabou chez les transporteurs routiers, tant il était synonyme de gadget. Mais depuis peu, il redevient à la mode. Au point d'apparaître, aux yeux de certains, comme le remède miracle à tous les maux.

Au départ, c'était un thème de colloque... Grâce à l'action des professionnels de la route soutenus par une forte volonté et, bien sûr les progrès technologiques, la protection de l'environnement devient peu à peu une réalité quotidienne.
Comment contenir l'expansion routière dans une Europe élargie ? C'est à ce casse-tête que se sont attaqué hier à Haguenau les transporteurs routiers au cours d'une table ronde organisée par leur syndicat professionnel, l'UNOSTRA Est, en marge de son assemblée générale et d'Expocamions. Inaugurée hier soir, cette deuxième édition à la gloire des autocars, des camions et des tracteurs anciens permettra encore aujourd'hui au public de retourner sur les traces de ces vieilles mécaniques (*).

L'heure est grave

Pour Michel Dubromel, secrétaire régional d'Alsace Nature en charge des transports, la situation devient urgente. Si rien n'est fait, les routes européennes frôleront l'embolie d'ici à une dizaine d'années avec de dramatiques conséquences pour l'environnement la sécurité routière et l'économie, s'alarme-t-il.
Le laisser-faire pratiqué par les Etats et « le juste à temps » a abouti à privilégier le transport routier jusqu'à l'absurde, analyse Bernard Kiehl, professionnel affilié à l'UNOSTRA Est. Le bilan qu'il dresse est particulièrement alarmiste : « Un ou deux poids lourds sur trois roulent à vide. C'est dire que certains transportent du vent.... »
La faute à qui ? Tous les regards se tournent vers les industriels. Président de l'ACUTA, l'association des chargeurs et des usagers des transports d'Alsace, Georges Schildknecht fait remarquer que l'on a « une mauvaise compréhension du juste à temps. » « Nous attendons du transporteur qu'il livre au bon moment la bonne marchandise au meilleur prix. Surtout ne confondons pas vitesse et juste à temps. »
Le représentant des chargeurs observe que « les habitudes des consommateurs ont radicalement changé en l'espace de dix ans. La ménagère veut consommer désormais des fraises à Noël. Ceci a un prix. » Autre difficulté : les délocalisations sont désormais monnaie courante. « Est-il normal que des pommes de terre du nord de la France soient transportées en Italie pour y être lavées ? » s'interroge Georges Schildknecht.
Président national de l'UNOSTRA, Jean-Paul Grard est d'accord pour dire que « le transport routier est responsable en partie de l'engorgement actuel des routes et des autoroutes. » Mais attention, relativise-t-il, « les journées de gros bouchons sont toujours des jours d'école. »

Réfléchir à « une autre logique »

Secrétaire national de l'organisation professionnelle, Christian Rose précise que les efforts entrepris par les constructeurs de poids lourds ne peuvent être ignorés. Les chiffres sont là pour en témoigner : « En trente ans, la consommation d'huile recyclable pour 200 000 km a diminué de 1 700 litres à 60 litres. Et les émissions polluantes ont encore été réduites depuis octobre 2001, avec la mise en place de la norme Euro 3. »
Michel Dubromel appelle toutefois les industriels à prendre leurs responsabilités en ayant davantage recours au transport ferroviaire mais aussi fluvial et maritime, même si cela doit déplaire aux routiers. « Cela ne sert à rien de construire de nouvelles autoroutes. Prenez le projet de grand contournement routier (GCO) de Strasbourg : il sera à son tour saturé à l'échéance de 2020. »
Il souhaite que l'on réfléchisse à « une autre logique ». « Le transport combiné rail-route pourrait en tirer les bénéfices. Le système n'est toutefois envisageable que sur des longues distances », c'est-à-dire supérieures à 400 ou 500 km. « Difficile pour l'heure, faute d'infrastructures. »

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