Analyse du rapport sur la qualité de l’air de juillet 2000

INTRODUCTION 

Le rapport met en avant la responsabilité du trafic automobile dès ses premières lignes:

Page 5:«Durant ces vingt dernières années, les sources de pollution atmosphérique ont changé de nature. Les rejets des sources fixes ont diminué, mais ceux des sources mobiles ont augmenté considérablement. Actuellement, 80 % de la pollution atmosphérique en milieu urbain est due au trafic automobile. Le problème de la qualité de l'air impose ainsi une approche globale du phénomène. Il implique de véritables choix de sociétés et des actions conjointes, en matière d'aménagement du territoire, d'urbanisme, de mode de déplacement,...»Une des principales observations faîtes par les rédacteurs est la nécessaire implication de tous et surtout des élus dans le domaine de la prévention. Nous regrettons également le peu d'intérêt de la majorité des élus locaux vis à vis de ce problème de santé publique. L'instauration de la taxe professionnelle d'agglomération sur la métropole lilloise va changer les mentalités: les élus vont à présent privilégier la qualité de vie alors que la tendance précédente était de privilégier l'installation d'entreprises pour récupérer plus de taxe professionnelle.

Page 34:«La gestion de la qualité de l'air représente un enjeu de développement dans les années à venir. Comme tous les thèmes liés à l'environnement, la qualité de l'air urbain ne se décide pas par décret, elle ne peut s'améliorer qu'avec une contribution forte des habitants».

« Les études épidémiologiques récentes ont confirmé le lien entre la pollution atmosphérique et le risque sanitaire. Or, les individus investissent fortement dans leur santé dont ils doivent se sentir responsables. Ils sont également des acteurs de la qualité de l'air. En effet, chaque automobiliste et chaque fumeur sont des pollueurs. La prévention, comme toujours dans le domaine de la santé publique, se situe donc à l'interface entre la sphère publique et la sphère privée. Seule une information éclairée peut guider des changements de comportement qui ne peuvent s'effectuer que sur un laps de temps long.»«elle pose également la question du rôle des "intermédiaires" et des relais que sont les associations et les élus locaux. Le faible investissement d'un grand nombre d'élus locaux dans le domaine de la pollution atmosphérique, en dépit du rôle incontournable qu'ils peuvent jouer au sein des réseaux ou sur les questions d'aménagement, souligne l'enjeu que représente le déploiement d'une vaste politique de communication pour tous les acteurs de la qualité de l'air».Il est donc du devoir des associations de créer une dynamique autour du problème de la pollution atmosphérique et de susciter l'intérêt pour la qualité de vie auprès de la population.

LES POLLUANTS

Oxydes d'azote

Nous remarquons en page 9 que les rédacteurs désignent clairement les coupables pour la pollution par les oxydes d'azote et hydrocarbures.«Les moteurs à explosion sont ainsi de très loin la première cause d'émissions d'oxydes d'azote et de divers hydrocarbures. Les moteurs diesels, moins polluants pour ce qui concerne ce dernier type d'émissions, sont en revanche à l'origine de particules et de dioxyde de soufre. La contribution des transports à la pollution ne cesse de s'accroître du fait de l'augmentation du trafic directement liée à l'évolution économique, en dépit des nombreux progrès technologiques réalisés au cours des dernières années.»page 12:«Au niveau européen, 54 % des oxydes d'azote émis proviennent des transports routiers, 17 % des centrales thermiques et 14 % des foyers domestiques». Nous sommes en droit de nous interroger sur les concentrations aux abords immédiats des grands axes routiers comme l'A22 (Lille Gand), l'A25 (Lille Dunkerque) et la nationale 351.Le trafic routier étant appelé à être multiplié par un fort facteur dans les dix ans à venir.

Rappelons les effets des oxydes d'azote

Page 11:Puissant oxydant et corrosif, le peroxyde d'azote est irritant et très toxique, notamment par action directe sur les poumons, où il pénètre profondément en accroissant la sensibilité des bronches aux agents broncho-constricteurs.L'ozoneL'ozone (O3) est également très toxique. Rappelons d'abord sa formation:

Page 13:«Les principaux précurseurs de l'ozone sont les oxydes d'azote, le monoxyde de carbone, les hydrocarbures et les COV. Cette pollution dite photochimique se forme préférentiellement en été lors de forts ensoleillements.»En annexe de ce document vous trouverez une justification par les relevés de l'AREMA par les stations de Tourcoing. Les oxydes d'azote sont générés par le trafic routier, rappelons-le.

Page 13:«L'action de ce gaz est variable selon sa concentration, la durée d'exposition et la tolérance de chacun. Les vapeurs d'ozone sont particulièrement irritantes pour le système respiratoire et les muqueuses oculaires».Les rédacteurs évoquent un aspect inquiétant de la pollution par l'ozone pour les jeunes enfants

Page 25:En 1996, une autre enquête a été menée à A r m e n t i è re s , ville soumise à une pollution oxydante (ozone) en provenance de l'agglomération lilloise. Un panel de 91 enfants de 10 ans, recrutés parmi les 110 enfants des classes de CM d'une école élémentaire d'Armentières, ville située à la périphérie de l'agglomération Lilloise, a reporté sur un carnet de surveillance journalière les résultats de 106 mesures biquotidiennes (au lever et au coucher) du débit respiratoire de pointe. La présence, au cours de la journée, de symptômes re s p i r a t o i res, a également été notée. Cette étude s'est déroulée du 1er avril au 30 juin 1996. Les niveaux ambiants d'ozone sont restés modérés pendant la période étudiée (maximum horaire inférieur à 180 µg/m3 ), cela en raison d'un temps relativement froid et humide pour la saison. Les résultats sont les suivants :Une augmentation de 30 µg du niveau d'ozone (maximum journalier des moyennes glissantes sur 8 heures) est associée à une baisse moyenne de 1,9 l/min du débit de pointe du soir et à une augmentation de la prévalence journalière de la toux. Ces résultats suggèrent que l'exposition de l'enfant à des niveaux même modérés d'ozone dans l'atmosphère peut provoquer une réaction au moins .transitoire de l'appareil respiratoire.Les rédacteurs vont présenter plus loin les coûts pour la communauté des prescriptions, arrêts de travail et des pertes de productivité liées à la pollution atmosphérique.

Page 13:« Il agit également sur l'ensemble des processus physiologiques des végétaux, en particulier sur la photosynthèse dont l'activité est altérée, ce qui a pour conséquence une diminution de leur croissance». Les rédacteurs révèlent ci un effet important de l'ozone: la sclérose de la végétation qui ammoindrit la transformation du gaz carbonique en oxygène (photosynthèse) ce qui accélère en plus l'effet de serre car non seulement nous produisons plus de gaz carbonique mais nous empêchons en plus son élimination! Il est donc urgent d'agir contre la formation d'ozone et surtout d'éviter d'atteindre des concentration de ce gaz dans les zones vertes (donc arrêter le projet de l'A24 qui passe au travers d de poumons de la métropole lilloise) et dévier le trafic routier qui ne concerne pas directement la métropole hors de celle-ci pour éviter les concentrations de polluants.

Les composés organiques volatils (COV)

Page 17:Les composés organiques volatils (hydrocarbures, solvants...) proviennent notamment des sources mobiles et de procédés industriels tels que le raffinage du pétrole, le dégraissage des métaux, l'application de peintures et de vernis, l'imprimerie, etc.Ils constituent une famille de polluants d'une forte diversité et d'une grande complexité. Page 21:Les composés organiques volatils ont, à court terme, des effets sensoriels (irritation) et pulmonaires. A long terme, certains sont cancérogènes (benzène) ou suspects de l'être (formaldéhyde).Rappelons que l'essence sans plomb comporte du benzène pour remplacer le plomb tetraéthyle.Les véhicules à essence sont à l'origine de 77 % des émissions de composés organiques non volatils dont 30 % sont émis par évaporation lors du remplissage des réservoirs.Evitez donc de respirer quand vous faites le plein d'essence. Le port de gants est même conseillé.Les effets des polluants en général

Page 19:Les polluants de l'air ont un impact direct sur la muqueuse conjonctivale et sur la muqueuse des les polluants gazeux sont également retenus au niveau des voies aériennes supérieures : certains, très solubles comme le SO2, sont fixés par le mucus présent sur les parois des fosses nasales, alors que d'autres, comme les oxydes d'azote (NOx) et l'ozone (O3) gagnent facilement le bas appareil respiratoire. D'autres encore ont la capacité de franchir la paroi des alvéoles et pénètrent dans le sang, comme l'oxyde de carbone (CO), qui se fixe sur l'hémoglobine des globules rouges à la place de l'oxygène, entraînant l'apparition de symptômes multiples : maux de tête, troubles coronariens et, dans les intoxications graves, coma oxycarboné.Les rédacteurs rappellent qu'à l'intérieur des bâtiments l'intoxication la plus fréquente provient du monoxyde de carbone (appareil de chauffage mal réglé, etc).Page 20:Les effets sur la santé sont, bien entendu, corrélés avec le niveau de concentration de chacun de ces toxiques dans l'air ambiant. Ces niveaux sont susceptibles d'importantes variations temporelles, fonction à la fois de l'importance des émissions et de la rapidité de leur dispersion. Ils peuvent se maintenir à des valeurs élevées pendant des périodes prolongées en période anticyclonique avec absence de vent et présence de brouillard mais ils sont susceptibles de varier rapidement dans le temps et présenter des "pics" capables de déclencher une symptomatologie aiguë. Page 96, les rédacteurs précisent 69 jours de brouillard par an en moyenne.

Page 25 Qu'il s'agisse de pollution urbaine ou de pollution intérieure, les individus sont inégalement sensibles à l'action nocive des aérocontaminants de l'air, et certaines catégories de la population s'avèrent particulièrement vulnérables :

- les enfants en bas âge, dont les défenses pulmonaires ne sont pas encore pleinement développées, et à l'opposé les personnes âgées, dont les défenses sont amoindries,

- les sujets souffrant de maladies chroniques des voies aériennes supérieures (sinusites chroniques, laryngites, affections chroniques de l'oreille ) ,

- les malades atteints de bronchites chroniques, de la bronchite simple du fumeur à la broncho-pneumopathie chronique obstructive avec insuffisance re s p i r a t o i re chronique grave : c'est dans ce cas que l'on observe, lors des épisodes de pollution, la survenue de décompensations respiratoires aiguës nécessitant la mise en œuvre de techniques de réanimation, et entraînant parfois le décès,

- les malades atteints d'affections broncho-pulmonaires chroniques comme les mucoviscidosiques, les pneumoconiotiques atteints de silicose ou d'asbestose

- les asthmatiques, véritables "sentinelles" de la pollution atmosphérique, qui sont particulièrement sensibles aux polluants chimiques de l'air pour deux raisons : une hyper réactivité bronchique aux irritants gazeux et particulaires de l'air ambiant, et un abaissement de leur seuil de réponse aux allergènes auxquels ils sont sensibilisés. Il en résulte une fréquence et une gravité accrues des crises d'asthme lorsque la pollution s'élève.»Ces différentes catégories de personnes sensibles sont particulièrement concernées par l'article 1 de la loi sur l'air, reconnaissant à chacun "le droit à respirer un air qui ne nuise pas à sa santé".Les rédacteurs reconnaissent par là que les seuils de toxicité fixés par les différentes instances publiques françaises et mondiales ne satisfont pas l'exigence de l'article 1 de la loi sur l'air.

Page 78

 

 

 

 


Ci dessus une partie de la carte des moyennes annuelles de NO2 en 1998 par station (exprimés en µg/m3)

 

A droite la carte du réseau. Il semble plus logique de dévier le trafic non métropolitain en dehors de la métropole pour éviter les effets de concentration de polluants atmosphériques

 

Les stations sont dites soit de proximité, soit de fond.

 page 23 « En ville, les réseaux de mesures ont installé des capteurs situés loin de toute source de pollution de proximité (industries, grands axes routiers). Ce sont des stations dites “urbaines de fond”.

Les niveaux de pollution mesurés par les stations urbaines de fond sont généralement plus bas que ceux enregistrés par des stations installées à proximité d’une source de pollution. Ces capteurs mesurent des niveaux de pollution faibles mais inhalés par l’ensemble de la population urbaine y compris les individus les plus fragiles ou les plus sensibles. influencées par le trafic automobile, de celles qui sont plus représentatives d’une pollution de fond. En effet, les véhicules automobiles émettent du monoxyde d’azote (d’ailleurs en quantité de plus en plus faible puisque les pots catalytiques ont pour vocation d’éliminer les oxydes d’azote). Or, dans l ’ environnement, l’oxyde d’azote se transforme en dioxyde d’azote. On peut donc considérer qu’une station dont les mesures paraissent affranchies du pic de circulation automobile matinal est une station de fond alors que sur les stations dites de proximité automobile, la pointe, ou les pointes de monoxyde d’azote apparaissent bien.. »

 Les stations dont les chiffres sont publiés sur Internet à l’adresse http://www.airdesbeffrois.org nous paraissent être des stations de fond. Nous aimerions bien que l’on installe des stations de proximité. Les pics y seraient certainement plus inquiétants.

Page 86.« Le réseau de surveillance des métaux lourds de l’agglomération lilloise

En 1971, le Ministère de la Santé confiait à l’Institut Pasteur de Lille la responsabilité d’un réseau de surveillance de la pollution atmosphérique de l’agglomération lilloise. L’objectif était le recueil d’informations métrologiques en vue d’enquêtes épidémiologiques sur les effets de la pollution urbaine sur la santé de la population. A cette époque, les polluants observés étaient l’acidité forte, les fumées noires, auxquels se sont rapidement joints le NO2, le S O2, puis le plomb ».

 Nous sommes également inquiets de la présence de chrome dans les remblais de l’A22.

 Recommandations des rédacteurs

 Page 95 : « d) Les principaux facteurs responsables d’une augmentation de pollens dans l’atmosphère « d) Les principaux facteurs responsables d’une augmentation de pollens dans l’atmosphère

- La déforestation et l’accroissement du nombre de routes augmentent la quantité de graminées.
- L’utilisation des insecticides défavorise la reproduction des plantes à fleurs pollinisées par les insectes et augmente donc la proportion des pollens anémophiles allergisants.
- Les aménagements paysagers urbains utilisent souvent des essences part i c u l i è rement allerg i s a n t e s (bouleaux, platanes, troènes, mûriers).
- L’imperméabilisation excessive des sols (routes . ) ne retient plus les grains de pollen dont le temps de circulation est allongé,
- L’utilisation excessive d’engrais a favorisé le développement de graminées nitrophiles ».

Outre l’effet des micro-particules dégagées par les moteurs diesel qui entraînent les pollens dans les poumons, les routes elles-mêmes sont des facteurs générateurs de pollens. Ceci crée donc un coefficient multiplicateur pour le déclenchement des crises d’asthme. 

CONCLUSION

La qualité de l’air s’est améliorée car la pollution générée par les industries est en forte diminution. De très gros efforts ont été réalisés par les entreprises les plus polluantes. La pollution par le SO2 (générant les pluies acides) est donc en régression, la pollution industrielle reste importante autour de Dunkerque, la métropole lilloise compte à présent peu de sites fortement pollueurs. La centrale d’incinération d’Halluin reste un point d’interrogation. D’autant plus que l’acheminement des ordures jusqu’à celle-ci n’a pas encore été clairement déterminée. 

La pollution routière est préoccupante car selon toutes les projections elle n’est pas amenée à diminuer car si des progrès techniques ont été réalisés (consommation, nature des carburants, pots catalytiques, …) la multiplication des véhicules et des transports (et l’allongement des distances) vient annuler les bénéfices réalisés. Nous ne connaîtrons pas d’amélioration de la qualité de l’air à l’avenir si des mesures additionnelles ne sont pas prises.