Une "volonté de fer" bien discutable

Comment ne pas se sentir trompé en apprenant que les voies ferrées du CIT de Roncq vont être démantelées ? Les rails ont servi de prétexte pour justifier la création d’une plateforme « multimodale » à Roncq. Les aides diverses pleuvent pour aider le ferroviaire quand bien même il n’est pas exploité et surtout pas exploitable. Mathieu Bouche des Transports Rouch a expliqué l’année dernière à M. Paul Astier que nous rencontrions à la communauté urbaine de Lille que le ferroviaire tel qu’il est conçu au CIT de Roncq était économiquement non viable. Pour être rentable, il faut pouvoir constituer un train entier soit 27 wagons pour une destination comme cela se fait à Dourges. A Roncq le volume n’est pas suffisant pour y arriver, il n’est possible que de remplir un ou deux wagons qui vont mettre plusieurs jours à transiter avant de constituer un train ; avec un camion la marchandise est déjà arrivée à destination alors que les wagons sont encore dans le Nord ! Cette « volonté de fer » des aménageurs est donc bien discutable. A l’heure où l’on parle de créer une nouvelle autoroute d’Amiens vers Lille (A24) quand il faudrait créer de nouveaux services ferroviaires, nous nous apercevons que tout est fait pour que les rails ne mènent nulle part : la SNCF supprime des trains de fret, augmente ses tarifs sans avertissement, perd 10% de parts de marché chaque année sur le rail tout en étant le premier transporteur routier en France au travers de ses filiales. Les aides et les subventions sont gaspillées comme on le voit à Roncq, la FNTR (Fédération Nationale des Transporteurs Routiers) déclare être favorable aux subventions pour le rail encore faut-il que les taxes prélevées bénéficient réellement au fret ferroviaire !  Dans le match route/voie ferrée, les camions ont gagné depuis longtemps par abandon de l’adversaire. Nous utilisons 10% de notre PIB à compenser les coûts externes du transport non supportés par les chargeurs (entretien des routes, pathologies liées à la pollution atmosphériques, insécurité routière), nous payons aussi bien avec nos impôts qu’avec notre santé. Vous comprenez maintenant pourquoi il faut se sentir floué par ce démantèlement des rails sur le CIT de Roncq.

 

Hervé Dizy 04/04/06

 

Note: L'article du Nord Eclair du 4 avril 2006 précise la reprise des voies par les co-propriétaires. Les voies ferrées, argument commercial à l'origine et chancres depuis (pas d'entretien), ont été attribuées à l'association des copropriétaires. "ces voies mangent des mètres carrés et sont devenues dans certaines zones de vrais dépotoirs", "on a missionné un géomètre puis on proposera aux entreprises intéressées via une AG des copropriétaires de racheter ces bouts de voie qui bloquent des accès ou des extensions comme derrière chez l'ancienne usine Mazinter".