Dossier de presse A24

Le rapport sur la faisabilité n'est pas encore rendu mais le chantier est déjà prioritaire!

Nord Eclair - 26 janvier 1942 : trois autoroutes relieront un jour la capitale
Voix du Nord - décembre 2003 : Le « oui, mais » des Belges au projet d'autoroute / LE COLLECTIF ANTI-A24 BETONNE SES ARGUMENTS
LA CONSULTATION FRANCO BELGE
Nord Eclair - 18/12/2003: A24 chantier pioritaire

Nord Eclair - lundi 26 janvier 1942

Voix du Nord - décembre 2003

Le projet de liaison Amiens - Lille - Belgique regardé avec prudence de l'autre côté de la frontière

Le « oui, mais » des Belges au projet d'autoroute

BEAUCOUP de  pru­dence... et quelques réti­cences, pas d'hostilité de principe... mais pas d'en­thousiasme excessif. Pour la première fois, des voix belges se sont exprimées, jeudi soir, dans le débat pu­blic sur le projet de liaison autoroutière Amiens - Lille -Belgique. C'était à Comines, à deux pas de la frontière et la discussion sortait de son cadre franco-français.

A quel maillon du réseau belge raccorder la future autoroute si elle se fait un jour ? La question était dans beaucoup de têtes. Depuis que le tracé historique, avec un branchement sur l'A22 (Lille - Gand) vers Roncq et un passage par Bondues semble abandonné, c'est un passage plus à l'Ouest, vers La Chapelle-d'Armentières, qui gagne du terrain. C'est l'option défendue par Marc-Philippe Daubresse avec un raccordement à la RN 58 belge puis à l'A 19 belge (Courtrai - Ypres).

Luc Van Overschelde, le directeur d'Euro 6 qui ras­semble six chambres de commerce françaises et belges, est sur la même lon­gueur d'onde. Il plaide pour un axe La Bassée - La Cha­pelle-d'Armentières puis RN 58 avant de rêver à voix haute à l'ouverture d'une prolongation de l'Ai 9 belge entre Ypres et Furnes (Veurne).

Karel Debaere, de l'inter­communale de Courtrai, se montre plus réservé. « II n'y a pas de position flamande claire pour le moment », ré­sume-t-il à propos de la liaison Amiens - Belgique en précisant que dans le schéma flamand, la N 58 n'a pas le statut d'un axe inter­national. Ce Courtraisien ne veut pas brûler les étapes et propose donc la constitu­tion d'un groupe de travail transfrontalier, à l'image de celui qui a promu l'idée du grand ring franco-belge de contournement de Lille il y a quelques années.

Gilbert Leieu, le bourg­mestre de Comines - Warneton, a évoqué la nécessité d'accorder les points de vue entre Wallons et Flamands sur ce dossier.

Au passage à la frontière, les prévisions de l'Equipement font état d'un trafic de 11 000 poids lourds/jour.

Quant à la variante qui évi­terait l'agglomération lil­loise pour un itinéraire Amiens - Arras - Dourges -Orchies - Tournai, elle n'a ni les faveurs des décideurs de l'Equipement, ni la cote auprès des habitants du Tournaisis.

 

LE COLLECTIF ANTI-A24 BETONNE SES ARGUMENTS

Depuis deux mois, les opposants au projet d'autoroute Amiens - Lille -Belgique marquent « à la cu­lotte » la procédure de dé­bat public lancée sur le su­jet. Regroupés dans un « col­lectif pour une alternative à l'A24 », ses responsables participent pratiquement à toutes les réunions. Ils y in­terpellent avec obstination les membres de la commis­sion qui organise le débat public comme les services de l'Equipement et organi­sent leurs propres réunions de mobilisation.

Du Ternois aux Weppes en passant par le Béthunois et la banlieue lilloise, ces réunions suivent de très près les tracés possibles.

Le collectif, qui dénonce par la voix de l'élu Vert Dominique Plancke la « main­mise de l'Equipement » sur le débat en cours, a obtenu que des expertises complé­mentaires soient réalisées par un cabinet indépendant (nos éditions du 28 novem­bre). Il s'interroge toutefois sur les délais et les sources d'information du cabinet qui sera retenu.

Pas rentable

« La commission travaille avec bonne volonté et vigi­lance, ses membres sont des honnêtes gens », ajoute D. Plancke. Mais ce satisfe­cit n'enlève rien à l'opposi­tion du collectif qui milite en faveur de solutions alternati­ves au projet.

« La commission du dé­bat public est faible sur les questions environnementales », explique Michel Feutry, porte-parole du col­lectif. Ainsi, les associations du Béthunois mettent en avant le péril que ferait cou­rir le projet autoroutier sur la ressource en eau potable en traversant les champs captants.

Jacqueline Istas, la prési­dence de la fédération Nord-Nature partie pre­nante du collectif, évoque également l'impact d'une autoroute sur l'émission de gaz à effet de serre qui ajou­teront aux dérèglements cli­matiques. Elle estime que chaque nouvelle liaison ra­pide génère un trafic supplé­mentaire.

Un document d'une di­zaine de pages motive l'op­position au projet sous diffé­rents angles. On y explique, par exemple, que l'auto

route ne sera pas rentable, surtout entre Amiens et Arras, et que la société concessionnaire   fera   appel (comme pour la liaison Rouen - Alençon) aux sub­ventions des collectivités, donc aux contribuables.

Le scepticisme naît aussi du sort réservé au projet côté belge (lire ci-dessus). Si les Wallons regardent le dossier avec intérêt, il semble que, du côté flamand, on se montre beaucoup plus réticent. Le collectif pour une alternative à l'A24 juge le projet « surdimen­sion né ». Autre reproche : il ne répondrait pas aux en­jeux de sécurité routière.

Plus de bouchons ?

Troisième angle d'attaque paradoxal : le projet fa­voriserait la paralysie du trafic dans la métropole en y drainant des flux automobi­les supplémentaires. « La réalisation d'un barreau autoroutier A25 - A26, en plus de la RN 41 à deux fois deux voies, provoquerait des bouchons en entrée de Lille encore plus impor­tants », assure le collectif. On estime aussi chez les op­posants que l'A24 (aussi ap­pelée A1 bis) soulagerait très peu l'Ai et n'empêche­rait pas un projet d'A1 ter...

Enfin, de l'avis des opposants, une future autoroute compromettrait le développement du TER et du tram-train, désertifierait un peu plus les zones rurales, nuirait au transfert des marchandises de la route vers le rail et la voie d'eau et à la viabilité de la plate-forme de Dourges.

Voix du Nord   LA CONSULTATION FRANCO BELGE

INITIALEMENT prévue à Roubaix, la dixième table ronde sur le projet de la liaison auto­routière Amiens-Lille" Belgique passait par la salle Louis-Aragon de Comines, Jeudi soir, alimentant au pas­sage une rumeur selon laquelle le tracé de FA24 pour­rait s'inscrire près de la cité des Louches 1 Une crainte accueillie avec le sourire par le maire, Henri Ségard, s'empressant de souligner en introduction que la ville jouait ce soir-là uniquement « son rôle d'accueil et non d'organisatrice ».

En effet, si Comines s'associait à la longue liste des échanges entamés depuis septembre par la commis­sion du débat public, elle le doit uniquement à sa position géographique, « à la limite du pays voisin et ami belge », insistait l'ancien pré­fet Gilbert Carrère qui pré­side la commission. Une si­tuation frontalière qui se prê­tait tout particulièrement au thème de la soirée : L'A24 et le développement des re­lations transfrontalières :quelles opportunités ?

Une concertation indispensable

Se voulant aussi interactif qu'informatif, le débat débu­tait par un bref rappel des « règles du jeu » : toutes les questions obtiendraient ré­ponses et chacun des points récurrents (trafic, tracé, aspect transfrontalier, impacts environnementaux et méthodes pour avancer) seraient brièvement résu­més pour amorcer la discus­sion. « A ce stade, aucune décision n'a été prise, rassurait même le directeur départemental de l'équipement Nord " Pas-de-Calais, c'est le début d'un long pro­cessus et des concertations avec nos partenaires belges sont indispensables. »

Résumant les études me­nées par le secrétariat géné­ral pour les affaires régiona­les (SGAR) de la préfecture, quatre grands enseigne­ments se dressaient en toile de fond : le caractère inéluc­table du transport des marchandises, l'absence de cohérence internationale, des situations territoriales très homogènes et le développe­ment local par le transport, avec un certain nombre de conditions. « D'où l'impor­tance de développer des "euro corridors" », terminait M. Flament. « Ma/s comment être attractif sur ce ter­ritoire fractionné et donc fragilisé ? reprenait un repré­sentant de la conférence permanente intercommu­nale transfrontalière (Copit) qui travaille pour l'aménagement du territoire. « Dynamique métropolitaine », « cohérence des objectifs », « ressemblance des outils » étaient quelques-uns des points communs relevés entre les deux voisins par l'intervenant, contre « une inertie dans les détails, une faible coopération et une structure d'accès confuse ».

Définir une méthode

Sur ce constat et malgré l'effort de concertation clai­rement énoncé par les ani­mateurs, un invité belge in­vité à s'exprimer donnait le ton en soulignant qu'il s'était déplacé « pour écou­ter et non intervenir ». Une réserve sur le projet illus­trée jusque dans les propos de ses compatriotes, partageant leurs inquiétudes face à l'évolution du tracé auto­routier, aujourd'hui virtuelle­ment relié à la N 58 en Belgi­que. Autres complexités abordées, la problématique d'une politique de concor­dance entre Flamands et Wallons ainsi que la perti­nence des tracés est-ouest étaient soulevées, avec la crainte d'une fracture dans un paysage belge à domi­nante rurale.

Au-delà de la prudence belge, largement ressentie, le message adressée en filigrane à la commission por­tait sur la nécessité d'une ta­ble ronde, propre à envisager de part et d'autre de la frontière les termes de réalisation de la liaison autoroutière. A la condition d'y asso­cier de manière correcte la Flandre, le projet de l'A24 gagnerait l'atout d'une réelle volonté transfrontalière, capable de faire abou­tir les discussions à un consensus.

« Ce soir, nous sommes en train de construire cette politique d'interaction, ré­pondait le député-maire de Lambersart, qualifiant l'A24 de vecteur de développe­ment économique capable de porter tout un territoire (...). Ça fait douze ans que ça discute, mais nous n'avons pas réussi à cons­truire une cellule politique. Définissons ensemble la méthode ! », lançait-il. C'est sur cette piste inachevée que se concluaient la soi­rée, perçus par Gilbert Car­rère comme « l'amorce d'une solution au thème dé­battu ». Par la clarification et l'approfondissement des études menées, et malgré la réserve belge, la réunion a eu le mérite d'élargir la ques­tion d'une infrastructure in­ternationale à un débat jus­que-là confiné aux échanges franco-français

 

 

Nord Eclair - 18/12/2003