DELOCALISATIONS :
PLUS DE CAMIONS ETRANGERS SUR NOS ROUTES

Cet article confirme les craintes que nous avons formulées depuis plusieurs années: il va rouler de plus en plus de camions sur nos routes mais ils ne seront presque plus conduits par des chauffeurs routiers français. Je rappelle qu'un chauffeur routier français revient à près de 4000 Euros par mois pour 52 heures de travail hebdomadaire, un chauffeur bulgare coûte à son patron près de 10 fois moins pour 72 heures par semaine.

Un chauffeur routier français me signale que les parkings des chargeurs en France ont commencé à se peupler de chauffeurs des pays de l'est en attente de chargement. En effet, vu leur coût horaire, il est plus rentable et plus pratique  de faire attendre un pool de chauffeurs à prix réduit pour les faire travailler quand le chargeur a besoin d'eux plutôt que d'employer à plein temps des routiers français.

Les routes françaises entretenues majoritairement avec l'argent des contribuable ne serviront t'elles qu'à augmenter les marges bénéficiaires des multinationales du transport ? Les profiteurs répondront que les consommateurs profitent de la baisse des prix. Rien n'est moins sûr. Il faut prendre en compte la baisse de qualité, le moindre service, l'évasion des emplois vers les contrées à coûts salariaux réduits, l'augmentation des longueurs de trajet du fret qui induit plus de consommation d'énergies non renouvelables, plus de pollution, plus de méfaits sur la santé dus au bruit routier, à la pollution, à l'insécurité routière. Les quelques miettes gagnées par le consommateur valent elles la peine de tous ces désordres ?

Les grandes surfaces se font des soucis car elles ont mis en marche un processus qu'elles ne maîtrisent plus. Elles perdent une partie non négligeable de leur clientèle qui se tourne vers les chaînes de distribution à très bas prix (LIDL, PENNY, etc). Une autre partie de la clientèle réclame plus de service, plus de convivialité. Je rappelle à présent que les grandes surfaces sont un cas d'école lorsque l'on étudie l'économie: elles font plus de profits avec les produits financiers grâce à l'énormité des masses financières qu'elles font circuler. Elles font payer comptant ou avec un bon intérêt leurs clients tandis que les fournisseurs sont contraints d'accepter des conditions de paiement de 90 jours pour le moins. Quand la clientèle paie à crédit, les sociétés financières  affiliées rentabilisent plus encore l'opération, ce qui "fidélise" en plus cette même clientèle. Les grandes surfaces sont plus des sociétés financières que des sociétés marchandes.

Si nous voulons moins de camions étrangers sur nos routes, il faut apprendre à mieux consommer. Le collectif a proposé la création d'un label vert Ch'ti pour orienter les consommateurs vers les produits transportés par des moyens plus respectueux pour l'environnement, plus respectueux de la législation sociale, plus respectueux pour le consommateur tout simplement. Les grandes surfaces peuvent jouer un rôle dans ce mouvement, c'est certainement pour elles la meilleure façon de redorer leur blason.

Hervé DIZY. Président du collectif contre les nuisances routières.

 

Nord Eclair 23/04/2004

Si  les chargeurs délocalisent  leur production à l'étranger, les transporteurs doivent-ils les suivre et s 'installer eux aussi dans les pays de l'Est ? ». La question posée par Alain Fauqueur  a été au centre des débats de la journée professionnelle de TLF  qui s'est tenue jeudi dernier à Marcq-en- Barœul.  Le co-président  national de TLF (fédération des entreprises de Transport et Logistique de France), qui a passé en revue les actions menées par la fédération, estime que le pavillon français souffre de  coûts sociaux et fiscaux que n'ont pas ses concurrents européens. « Nous ne sommes pas là pour demander des subventions, mais nous voulons avoir les mêmes conditions (de travail) que les autres ». Alors qu'on constate une régression du pavillon tricolore depuis cinq ans, l'universitaire Martine Tefra,  spécialiste en économie du transport, a présenté les conclusions d'une étude consacrée à l'évolution du trafic européen. « La part de marché des transporteurs français dans les  échanges bilatéraux avec nos principaux partenaires ( Allemagne, Espagne, Pays-Bas)  est en baisse constante. D'autre part, si la France est le pays le plus caboté, c'est aussi devenu l'un des moins caboteurs, loin derrière les pays du Bénélux ».  La journée s'est conclue sur une note d'optimisme ^  de la part de Bruno Bon- duelle.  L'ancien patron du groupe qui porte son nom considère que l'Europe à 25, qui représente un marché d e 250 millions de consommateurs, va multiplier les possibilités. Et de citer l'exemple de son groupe qui va chercher des courgettes surgelées en Pologne. Les camions qui travaillent pour Bonduelle  ne circulent pas à vide. A l'aller, ils transportent des petits pois, de la France vers les pays de l'Est. « II vous faut tenir le coup. A partir de 2010, un avenir formidable s'ouvre à vous ».