Débat public sur la liaison Amiens-Lille-Belgique, hier soir, à l’Atria
 

Et l’on remet le projet d’autoroute sur le métier...

Les hôtesses chargées de transmettre les micros à ceux qui voulaient poser oralement leurs questions ou de récupérer les petits papiers de ceux qui préféraient les écrire, eurent fort à faire, hier soir, à l’auditorium de l’Atria.
La salle était quasi pleine pour cette deuxième séance d’ouverture du débat public sur le projet de liaison autoroutière Amiens-Lille-Belgique. En d’autres temps, on a parlé de l’A1 bis, puis de l’A24 ; aujourd’hui, c’est la LAALB qui est soumise à la concertation, sous un mode tout nouveau. La loi « démocratie et proximité » du 27 février 2002 est passée par là. Elle impose que, pour des projets de cette ampleur - en l’occurrence environ un milliard d’euros -, une commission particulière indépendante soit nommée pour collecter toutes les observations remontant du terrain, avant décision ministérielle et procédure d’enquête publique.


Si le président de la commission, l’ancien préfet de Rhône-Alpes Gilbert Carrère, habitué à ce type de dossier, en a appelé d’emblée à « un exercice d’intelligence collective », il a eu du mal, bien évidemment, à expliquer qu’il s’agissait aujourd’hui de reprendre tout à zéro. La principale des contradictions de ce projet, c’est que tout le monde a déjà à l’esprit certains tracés, avec deux alternatives évoquées, soit la construction d’une autoroute nouvelle passant à l’ouest d’Arras, soit le doublement des nationales existantes depuis la RN 25 jusqu’à la RN 41. De la même façon, beaucoup ont aussi la conviction que tout est ficelé d’avance. « On pose des questions précises et ils n’y répondent pas précisément », entendait-on dans le public, hier soir.
Si la mobilisation avait pu paraître un peu faiblarde à Lille, lors de la première réunion d’ouverture mardi soir, elle a monté d’un cran en ce vendredi.


Une autre assemblée est prévue à Amiens le 6 octobre, et une douzaine sur des points particuliers jusqu’à la clôture du débat public fin janvier, mais d’ores et déjà, la passion, et la contestation, ont ressurgi.
C’est ainsi que la présidente de Nord-Nature, Jacqueline Istas, s’est réinterrogée sur ce développement du « routier », son impact écologique et donc économique, les possibilités de privilégier plutôt le fluvial, le ferroviaire... Même inquiétude pour le conseiller régional Vert Jean-François Caron, qui considère qu’on s’assoit un peu vite sur Kyoto et qu’on court à l’engorgement de Lille. Quant au représentant du CESR qui se trouvait là, il souhaitait qu’on avance vers une réflexion cohérente en matière de régulation des flux. Au chapitre de la défense des particularismes locaux, toujours très fourni, même Jacques Mellick, le maire de Béthune, s’était déplacé, pour dire qu’on n’oublie pas, au passage, de poursuivre le désenclavement de son secteur. Hier soir, au final, on aura parlé plus d’Amiens-Lille que de Stockholm-Lisbonne, preuve tout de même qu’on cerne mieux le sujet. Le maître d’ouvrage, l’Équipement, a précisé, lui, que cette liaison, dans la remise à plat des schémas régionaux, venait en complément et non en concurrence de projets comme le canal Seine-Nord. Reste qu’on discute à nouveau à un horizon d’une douzaine voire d’une quinzaine d’années d’études et de travaux.
Sébastien LAMPE